- Au IXe et Xe siècle, selon Marcellin Boudet ("Cartulaire de Saint-Flour", 1910), la viguerie (prévôté) de Vert (Montvert, comprenant Cros-de-Montvert, Rouffiac et Arnac) fut gagnée par le Limousin sur l'Auvergne. Montvert du reste est plus accessible de la Corrèze que du Cantal (Mont des Celtes [ndlr]), et l'on ne s'étonne pas d'y trouver une église romane "limousine" ou "mauriaco-limousine".

  - Le nom du village, Cros, est la forme méridionale de creux (lieux encaissés). Au fil du temps, la dénomination du village a changé : Cros en 1275, Crosum Montisviridi au XIVe siècle, Crossoubz-Montvert en 1628 puis Cros-de-Peignières en 1697.

  - La carte de la région de Cros-de-Peignières date de 1690 et est attribuée au cartographe Alexis H. Jaillot (1632-1712).

  - De nombreuses maisons du village témoignent encore de leur ancienneté, et parfois de la fonction sociale tenue par leur propriétaire. On peut observer la présence, sur la porte d'entrée, d'un linteau porteur d'inscriptions ou de décors à signification symbolique et décorative. Le matériau est plus noble (granit, gneiss), apparent, alors que le reste du mur est couvert d'enduit. On y grave souvent la date de construction de la demeure. Sur le linteau présenté, en plus de la date de constrution, 1688, on note la présence d'un graffiti en forme de rosace à six pétales.
- Autre exemple, le blason qui orne le linteau d'une maison du XVIIe, proche de l'église, dont la composition est étroitement liée à la symbolique chrétienne.

 

Croix et Légendes
(Emprunté à "La Voix du Cantal" n° 3110 du 18 mars 2010, sous la signature de Gérard Dollo.)

     Le village de Cros-de-Montvert et ses hameaux environnants possèdent un patrimoine religieux imposant, et en particulier de nombreuses « Croix » édifiées dans les environs : Croix du Couderc, du Triadou, de Fargues, du chemin de Perrufes, de Moulènes, de Grandchamp, de Bourbouze, de Trémouilles, du Calvaire. A cette dernière, est attachée une légende (ou histoire?). En 1508, un colporteur fut retrouvé mort en ce lieu. Les habitants du village, tous soupçonnés du meurtre, furent interrogés devant la dépouille du pauvre bougre. Car selon le droit de l'époque, dit « droit germanique », la croyance voulait que mis en présence de ses assassins, le corps de la victime se mette à saigner, désignant ainsi le ou les meurtriers. Mais point de flot d'hémoglobine en présence des habitants. La Paroisse fut déclarée « innocente » et une Croix, érigée en ce lieu, rappelle aux passants l'assassinat impuni de ce pauvre diable, et l'innocence reconnue des villageois.
     A voir, "Les Croix de Cros" par Laurent Faubladier.


 Cros-de-Montvert en 1744
(Extraits de "Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 - Série C", publié en 1907)
.

 

    Une description du village a été faite, en 1744, par un Contrôleur des Impôts à l'occasion de l'établissement de l'Imposition du Dixième. Bien que rapport administratif, il donne des informations dignes d'intérêt sur le paysage agricole à cette époque.

  - Observations : « Cette paroisse est située en plat pays, à la réserve de quelques petits coteaux couverts de quelques bois chataniers. Toutes les denrées qui s’y récoltent se consomment dans l’étendue de la paroisse divisée en 2 quartiers ».

  - Etat du dénombrement des biens fonds : 64 maisons ou jardins ; 60 journaux pré 1ere classe ; 92 journaux pré 2e classe ; 85 journaux pré 3e classe ; 20 journaux pacage ; 212 sétérées terre 1ere classe ; 320 sétérées terre 2e classe ; 400 sétérées terre 3e classe ; 50 sétérées chastanial ; 278 brossiers (brousses ou broussiers : végétation rude composée de bruyère [brousso], de genêts et de fougères) ; 3 moulins à blé ; 1 moulin à presser l’huile ; 2 petites directes de 2 particuliers. Le journal pré de 1ere classe produit 3 chars de foin de 18 quintaux en tout ; celui de 2e classe, 2 chars ; celui de 3e classe, 1 char 1/3. Les pacages sont très rares et très secs. Les terres se sèment à moitié par an, savoir les 3⁄4 en blé seigle et le 1⁄4 restant en blé de mars, blé noir ou avoine.

  - Tarif : Le setier seigle (...) vaut 3 livres (En 1794, une livre équivalait à 3 €); le blé noir vaut 30 sols (s.)et l’avoine 30 s. le setier. La sétérée 1ere classe produit le quart grain, semence déduite ; la sétérée 2e classe produit le tiers grain ; la sétérée 3e classe, le cinquième, et la sétérée de terre en blé noir, le 8e grain à 30 s. le setier. La sétérée chatanial se loue communément 4 s. le setier ; la sétérée brossier est évaluée communément à 10 s. de produit.
Le journal pré 1ere classe : 24 s.; le journal pré 2e classe : 18 s. ; 3e classe : 12 s.; le journal pacage : 5 s. ; la sétérée terre 1ere classe : 6 s. ; la sétérée 2e classe : 4 s. 6 deniers ; la sétérée bossier : 1 s.

  - Aux Domaines : « M le mareschal de Noailles (Adrien Maurice de Noailles - 1678-1766) pour sa terre, baronnie et dépendances de Pénières, cens et rentes et autres redevances, le tout affermé à Marc Antoine Ferluc, demoiselle Anne Faurie son épouse, et le sieur Laumont, leur fils et leur gendre, moyennant le prix et somme de 3.300 livres, suivant la déclaration faite par le sieur Desangles, receveur des revenus dudit seigneur maréchal qui nous a dit que la terre de Charbonnières, située en Limousin, faisoit partie du bail de 3.300 livres et l’ayant sommé plusieurs fois de nous donner un état des revenus de ladite terre de Charbonnières afin d’en faire la distraction et, en conséquence, pouvoir statuer sur l’imposition du dixième pour les biens situés à Pénières, nous l’a toujours promis et jamais remis. En conséquence, nous estimons que comme la terre de Pénières est le principal manoir, que ledit seigneur fut cotisé en Auvergne suivant le bail afferme, sauf à luy à se faire descharger en Limouzin de ce qu’il pourroit estre cotisé pour raison de la terre de Charbonnières. ».

Cros-de-Montvert en 1783
(Extraits de "Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 - Série C", publié en 1907).

 

      La description du village en 1783 était la suivante : « Le bourg de la paroisse de Cros-de-Montvert se trouve dans un enfoncement entouré de petits monticules dont la majeure partie se trouve occupée par des bois châtanials, petis bois et taillis et bouscaillades (Terme pour désigner des parcelles en friche ou en broussailles servant souvent de mauvais pâturages) ou bruyères. On compte dans ledit bourg 34 maisons. Dans toute l'étendue de la paroisse, il se trouve quatre villages et cinq hameaux, plus trois moulins à grain peu achalandés. Le Seigneur haut justicier est le duc de Noailles (Louis de Noailles - 1713-1793), à cause de sa terre et baronnie de Pénières. Les terres n'y produisent que du seigle et blé sarrasin. Les prés ne fournissent que peu de fourrage dans le général, ne pouvant profiter que des eaux pluviales. Le curé est à portion congrue. La cathédrale de Saint-Flour perçoit la dîme à la onzième gerbe, ce qui peut être évalué à 700 livres. Il ne se tient aucune foire ni marché. Il n'y passe aucune grande route pour y faciliter le commerce. Il n'y a ni octrois ni biens patrimoniaux ».

 

 

Dictionnaire statistique du Cantal (par Déribier Du Châtelet de 1855)
(source : Dictionnaire statistique du Département du Cantal)

 

     La commune de Cros-de Montvert fait partie du canton de Laroquebrou et de l'arrondissement d'Aurillac.
Elle est bornée au nord par la rivière Etze, qui limite de ce côté le département de la Corrèze (St-Julien-aux-Bois) ; au sud par les communes de Rouffiac et de St Santin Cantalès ; à l'est par celle d'Arnac, et à l'ouest par celle de Rouffiac et le département de la Corrèze qui en est séparé par la rivière de Maronne.
     Ses cours d'eau portent le nom de : rivière de Etze, ruisseaux du Cayrou, de Combelles, de Puechlong, de las Pierres, de la Viallegrande, de las Tissandières, de Trémouille, etc... Tous vont se jeter dans la Maronne.
     Les terres cultivées y sont légères, sablonneuses et d'un faible produit ; il y a des prés et pâtures de bonne qualité, quoique peu productifs ; 550 hectares de bois couvrent les versants nord des ravins et petits vallons que forment les cours d'eau. La commune comprend beaucoup de bruyères et de rochers ; on en défriche de temps en temps une faible partie.
     La population de cette commune se compose de 961 habitants ; il y a 10 villages, 11 hameaux et 180 maisons.
Cros-de-Montvert, chef-lieu, à 1 myr. 3 km de Laroquebrou (Le myriamètre est une mesure d'itinéraire égale à 10,000 mètres) et à 3 myr. 5 km d'Aurillac, est un bourg de 50 feux situé à l'extrémité ouest de la commune. On y voit quelques maisons bien bâties.
Le tableau d'une maison auvergnate par F.Berthou est emprunté à son site.

Démographie de la commune, de 1790 à nos jours.

 

 cros_population     Une hausse brutale de la population, entre les recensements de 1831 et 1836, fait suite à un « échange » de villages avec Rouffiac en 1832, nécessitant la construction d'une école pour 120 élèves. L'école actuelle sera édifiée en 1882 et ouvrira ses portes en 1886. La vie rurale de l'époque, très active, suscita même de la part du Préfet en 1833 le préambule suivant, adressé à la Municipalité de Cros-de-Montvert en proposition à l'établissement de nouvelles foires (28 janvier, 6 mai, 12 août et 28 novembre) :« Un grand nombre de foires nuit gravement à l'agriculture et au commerce, en ce que les domestiques et les fénéants n'en manquent pas une, abandonnant leur travail pour aller "dissiper" le fruit de celui-ci à faire des excès de boire et de manger ». Et en 1912, une gazette locale, relatant sans doute les effets d'un été très orageux, annonce a ses fidèles lecteurs que le 23 juillet Mme Vve Taysse a tué 57 serpents et M. Castanié 22. (Anecdotes empruntées à "La Voix du Cantal" n° 3110 du 18 mars 2010, sous la signature de G.D.)

     La population du village n'a cessé de décliner inexorablement depuis la fin du Second Empire jusqu'à aujourd'hui ou elle dépasse à peine les 220 habitants.

     Voir Le déclin de la population rapporté par Laurent Faubladier dans son site "La chasse aux ancêtres".

     La liste des maires qui ont géré la commune de Cros-de-Montvert, depuis la révolution de 1789, est consultable sur le site FranceGenWeb.

Emigration des Cantalous

Pour une raison pas totalement éclaircie ... il y a eu depuis au moins le 16è siècle une émigration significative (temporaire ou définitive) d'habitants de la Haute-Auvergne (Cantal) vers la Hollande, la Belgique, l'Espagne et d'autres pays. Voir le site WikiGenWeb