Eglise de Cros-de-Montvert

     "L'église, fort ancienne, appartient au style byzantin. Le chœur et le sanctuaire sont voûtés et le travail dénote un bon goût. Elle est sous l'invocation de Sainte Marie-Madeleine. Cros formait un prieuré dépendant de l'archidiacre d'Aurillac. Hugues de la Tour (Evêque de Clermont) fut nommé à la cure de Cros en 1228 ; Pierre Bottin en était recteur en 1297 ; Gaubert d'Albars y fut prieur en 1387; Guillaume Friatel, en 1505 ; un autre Guillaume Friatel, en 1563; Pierre Testoris, prieur et chanoine de St-Géraud en 1581; Antoine Friatel, en 1634; Géraud Lacam, curé en 1636; Antoine Friatel, en 1653 ; Jean de Leygonie, prieur en 1720 ; Pierre Géraud de Leygonie, en 1743." (Extraits de "Dictionnaire statistique du Département du Cantal"). Un de ces prêtres est-il le commanditaire du blason qui orne le linteau d'une maison proche de l'église ?

      Le comte Henri de Noailles fait élire évêque un roturier, le curé limousin Raymond Rouchon, compatriote et vassal des Noailles, au siège de Saint-Flour (1599-1605). Il était ce qu'on appelait un "confidentiaire" (prête-nom) pour la maison de Noailles. Aussitôt que Charles de Noailles eut l'âge voulu (21 ans) pour recevoir son évêché, Raymond Rouchon s'en démit. Pendant son épiscopat, il résidait régulièrement au château de Pénières, propriété des Noailles, dans la paroisse de Cros de Montvert. Il se fit nommer prêtre de la paroisse et y mourût sans pompe. (Adapté de "Le Dictionnaire statistique et historique du Cantal" - t. III, p. 362).


      "La seigneurie de Cros faisait partie de la baronnie de Pénières et l'archidiacre d'Aurillac percevait des rentes dans la paroisse, en qualité de prieur." L'église a été érigée en succursale par décret du 28 août 1808. (Extraits de "Dictionnaire topographique du département du Cantal" de Emile Amé, publié en 1897).

Style et architecture

eglise de cros
  Eglise du XI-XIIe siècle : Eglise romane de style "limousine" ou "mauriaco-limousine" avec un clocher en forme d'ancien campanile. L'église appartient cependant au style byzantin. Elle possède de splendides vitraux. L'une de ses cloches est classée Monument Historique. Elle aurait été baptisée par Marguerite de Valois, la fameuse "reine Margot", épouse du Roi Henri IV.

     Dans le livre "Églises romanes de Haute-Auvergne: Région d'Aurillac" publié en 2000 par Pierre & Pascale Moulier (Editions CREER) le style architectural est décrit comme suit : «Dans cette église, comme dans d'autres de la région, le décor architectural l'emporte sur le décor sculpté. On constate plus qu'ailleurs un goût certain de la répétition (ce qui permet l'identification), même si les variantes sont bien réelles. Maints sculpteurs cependant, comme à Tournemire ou à Cros-de-Montvert, n'ont pas eu de disciples et leur art s'est peu répandu ». Le chœur et le sanctuaire sont voûtés et le travail dénote un bon goût. L'église est sous l'invocation de Sainte Marie-Madeleine. Cros-de-Monvert formait un prieuré dépendant de l'archidiacre d'Aurillac.

  La restauration de l'église actée fin 2010 après un Appel à concurrence s'est achevée en juillet 2012.

page eglise romane
(Emprunté au livre "Églises romanes de Haute-Auvergne: Région d'Aurillac" )
(Les deux petits modillons romans, présentés dans le livre, n'existent plus)

 

Panneau sculpté du retable de l'église de Cros-de-Montvert

retable eglise de cros


     Dans le livre "Retables de Haute-Auvergne, XVIIe-XIXe siècles", publié en 1991 par Léonce Bouyssou (Editions CREER), il est fait mention du retable de l'église de Cros-de-Montvert, datant de cette période. Situé dans la première chapelle à droite du choeur, son panneau central représente "Une scène intimiste de la Sainte Famille autour du berceau placé devant la cheminée".

      Une des particularités de ce panneau sculpté est la présence d'une colombe dominant le scène : "Saint François de Sales disait des trois figures humaines de la Sainte Famille (Jésus, Marie, Joseph) qu'elles formaient « une trinité sur terre qui représente en quelque façon la Sainte Trinité ». Les sculpteurs cantaliens ont illustré cette idée en plaçant la trinité terrestre sous la protection de celle du ciel. Dans ce retable, la colombe du Saint-Esprit tient dans son bec une couronne d'étoiles."

Détail : Colombe et couronne d'étoile

colombe_etoiles


A noter également dans cette église
"Retables de Haute-Auvergne, XVIIe-XIXe siècles"


- Le maître-autel date de 1840 avec des modifications après 1851, mais avec le réemploi de statues antérieures.
- La deuxième chapelle latérale droite, qui date de la fin XVIIIe-début XIXe siècle, présente une statue de Sainte Agnès (patronne des jardiniers et des fiancés).
- Dans la deuxième chapelle latérale gauche, près du chœur, un marbre du XVIIe-XVIIIe siècle et une toile représentant Saint Antoine ermite (patron des éleveurs de porcs et des charcutiers) agenouillé en prière devant un Crucifix et qui proviendrait du château de Pénières, qui appartenait aux Noailles.
- Un bénitier en marbre rouge qui se trouvait à l'origine dans la chapelle du château de Pénières.


Restauration de l'église de Cros-de-Montvert

 Les travaux de restauration de l'église de Cros-de-Montvert ont commencé début 2011. L'extérieur de l'église a été rénové afin de réparer les outrâges du temps et de redonner à la pierre sa couleur et son éclat d'origine.

 

 

Litre funéraire mise au jour lors de la restauration


  Représentation du blason du Duc Anne-Jules de Noailles

 

      Lors de la restauration de l'intérieur de l'église, une "litre funéraire" a été découverte sous un épais enduit de plâtre. Cette ornementation ("litre seigneuriale" ou "ceinture de deuil") consistait, sous l'Ancien Régime, en une bande noire peinte à l'intérieur (parfois à l'extérieur) d'une église où se déroulait la messe d'enterrement d'une personnalité. Cette bande noire placée, en hauteur, s'agrémentait de représentations du défunt et le cas échéant de ses armoiries.

      Dans l'église de Cros-de-Montvert, ce bandeau noir est orné, en neuf endroits, du blason d'un maréchal de Noailles.

      Au cours des travaux de restauration, la "litre funéraire", qu'on ne retrouve que dans la partie la plus ancienne de l'église, en partie reconstruite en 1736 a pu être datée avec une quasi certitude : les peintures auraient été réalisées en l'honneur du Duc Anne-Jules de Noailles, décédé le 2 octobre 1708 à Versailles, pour lui rendre hommage. Les blasons peints sont en effet une représentation simplifiée des armes de ce Maréchal de France.

   (D'après "Pénières-Château à Cros-de-Montvert" de Laurent Faubladier).

 

 

 

 

 

        Eglise après restauration : Visite en image

 

 

Ondoiement ou Tour d'abandon

 
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   La restauration de l’église de Cros-de-Montvert, a permis de mettre en évidence la présence d’une ouverture dans le mur extérieur (photo de gauche) près de la chapelle des Fonts Baptismaux (différences dans la maçonnerie extérieure) et une porte intérieure avec rigoles au sol (photo de droite). Quelle était la fonction de cette ouverture ?
- Etait-elle destinée à l’accès aux seuls Fonts Baptismaux permettant, sans entrer dans l'église, l’ondoiement des nouveaux-nés ? L'ondoiement est une cérémonie simplifiée du baptême utilisée en cas de risque imminent de décès (pour sauver les enfants des limbes ; mention d'enfant ondoyé dans les anciens registres paroissiaux) et qui se limite à verser de l’eau sur la tête de la personne en prononçant les paroles sacramentelles. Le baptême ayant lieu ultérieurement. Une Ordonnance synodale de 1691 de Bossuet  est explicite : « Enjoignons aux curés d'avertir les pères qu'il ne leur est plus permis d’ondoyer dans leurs maisons leurs enfants qui se trouvent en danger de mort, s'il y a d'autres personnes, homme ou femme, capable de leur administrer ce sacrement ».

   Une autre hypothèse voudrait que ce soit la marque de la présence d’un ancien "Tourniquet à bébé" ou "Tour d’abandon" (ou "Baby hatch").
- Le "Tour d‘abandon", introduit au XVIIe siècle par Saint-Vincent de Paul, était une sorte de tourniquet placé, en général, dans le mur d’un hospice. La mère y déposait anonymement son enfant puis sonnait une cloche. A ce signal, de l’autre côté du mur, quelqu’un faisait basculer le tour et recueillait le nourrisson. Cependant, à Cros-de-Montvert, il n’y avait pas d’hospice.

Pour plus d'informations, voir sur Wikipédia "Tour d'abandon".

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